Aller au contenu principal
Fermer

"Un monde fantasmatique": au procès Athanor, un goût prononcé pour l'espionnage et la manipulation
information fournie par AFP 16/04/2026 à 09:06

Carl Esnault (c), l'un des accusés du procès Athanor, et son avocat Romain Ruiz (d) arrivent au palais de justice de Paris, le 30 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Carl Esnault (c), l'un des accusés du procès Athanor, et son avocat Romain Ruiz (d) arrivent au palais de justice de Paris, le 30 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Les 22 accusés du procès Athanor, qui se tient depuis fin mars devant la cour d'assises spéciale de Paris, ont déroulé durant deux semaines leur histoire et leur CV, vierges de toute condamnation la plupart du temps, jusqu'à leur basculement dans la criminalité.

De quoi former un puzzle complexe, entre réseau franc-maçon, services de renseignement et de sécurité, sur fond de manipulation, de revanche et d'appât du gain.

Née dans une loge maçonnique des Hauts-de-Seine, l'officine criminelle Athanor s'est largement inspirée des méthodes des services de renseignement pour ses barbouzeries, entretenant un doute sur les intentions réelles de plusieurs exécutants, chargés des "contrats d'élimination".

Une brèche, pleinement exploitée par la défense, dans un dossier où la plupart des crimes ont été avoués, avec plus ou moins d'intentionnalité.

Le commanditaire de l'assassinat de la coach Marie-Hélène Dini, son rival en affaires Jean-Luc Bagur, a écouté derrière son box vitré un militaire de la DGSE apprécié de sa hiérarchie, Carl Esnault, exprimer ses doutes sur "l'opération homo" - pour "homicide" - qui l'a conduit devant la cour d'assises.

"Je ne sais toujours pas aujourd'hui si c'était officié par la DGSE, des éléments m'ont été donnés le laissant penser", a expliqué l'ancien caporal de 31 ans, dont l'arrestation en juillet 2020 à proximité du domicile de Mme Dini a révélé l'affaire.

- Nid d'anciens espions -

Cloisonnement des rôles, recours aux intermédiaires "coupe-circuit"... La question taraude la cour depuis le début des débats: les militaires de la DGSE, basés à la protection du site stratégique de Cercottes dans le Loiret, pensaient-ils réellement opérer pour le compte de l'Etat lors de leurs barbouzeries ?

La personnalité "mythomane" de l'un d'entre eux, dévoilée lors de son interrogatoire, permet d'en douter. Frustré par sa position, il s'était vanté auprès d'une proche d'effectuer des opérations extérieures sensibles, puis affirmé, en prison, être un "tueur à gages".

Le policier Yannick Pham, l'un des accusés du procès Athanor, au palais de justice de Paris, le 30 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Le policier Yannick Pham, l'un des accusés du procès Athanor, au palais de justice de Paris, le 30 mars 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Plusieurs accusés, militaires et anciens policiers, s'étaient reconvertis dans le privé ou cherchaient à le rejoindre au moment des faits. Plus précisément dans la sécurité, réputée pour être un nid d'anciens espions.

Accusé de complicité de tentative de meurtre, le cas de Yannick Pham, policier à la DCRI, réserviste de la DGSE et spécialiste des faux-papiers, l'illustre bien. En congé parental, il avait monté sa boîte privée, Solidus, qui vivotait.

L'expertise de cet homme considéré comme l'un des meilleurs faussaires français avait été utilisée pour former des agents de Cercottes, où ils avaient fait la connaissance d'un des militaires à la recherche d'une porte de sortie.

- "Un monde imaginaire" -

Dans la chaîne de commandement, les regards se sont souvent tournés vers l'un des architectes d'Athanor, l'ancien agent Beaulieu, en fauteuil roulant, visiblement diminué depuis sa détention: il s'est cogné la tête contre les murs de sa cellule dans une pulsion suicidaire, ce qui l'a laissé lourdement handicapé.

L'ancien franc-maçon, retraité à 56 ans de la DCRI et reconverti dans l'intelligence économique, avait fait état d'une "mauvaise vascularisation du cerveau" dès le premier jour de l'audience.

"Parfois, je décroche", avait prévenu l'ancien "mentor" des deux principaux accusés du procès: le principal exécutant des "missions", Sébastien Leroy, et le commercial des barbouzeries, Frédéric Vaglio.

"Quitter le renseignement a été une tragédie", a expliqué l'ancien espion, dont l'ambivalence a irrigué toutes les strates de sa vie, amoureuse y compris. Ses deux compagnes ont ignoré pendant plus de vingt ans l'existence l'une de l'autre.

Sébastien Leroy, son bras armé, qui encourt également la réclusion à perpétuité notamment pour le meurtre d'un pilote automobile, s'est décrit "dans un monde imaginaire" à ses côtés pendant plus de huit ans, longtemps persuadé d'effectuer "des opérations hors-cadre de la DGSI".

"J'étais dans un délire, un monde fantasmatique, complètement irréel", a détaillé l'ancien agent de sécurité de 36 ans, grand fan de Matrix.

Daniel Beaulieu a "fait naître" également chez Frédéric Vaglio, le commercial des contrats criminels, "un certain nombre de fantasmes" qui lui ont fait franchir le pas.

L'ancien journaliste devenu entrepreneur pouvait également se faire passer pour un agent auprès de ses riches clients et amis afin de les aider à régler leurs problèmes du quotidien, souvent de façon radicale.

L'une d'entre elles, la cheffe d'entreprise Muriel Brun-Millet, a commencé par javelliser les murs de la prison de Fleury-Mérogis, où elle a enfin pu "se reposer", après avoir été arrêtée. "Sous emprise" de Frédéric Vaglio, elle avait validé l'assassinat d'un syndicaliste de son entreprise.

Le procès, prévu jusqu'au 17 juillet, se poursuivra avec l'audition de témoins, dont plusieurs agents de la DGSE cités, avant l'examen des faits début mai.

0 commentaire

Signaler le commentaire

Fermer

A lire aussi

Pages les plus populaires